Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 11:05

La naissance du super-héros comme climax

Les films de super héros se succèdent et se focalisent surtout sur la phase de révélation du héros. Le moment tant attendu où l'homme se découvre plus beau, plus grand, plus fort que cela soit du à une aberration génétique ou à quelques pièces de tissu savamment disposées. On comprend assez bien l'attractivité de cette étape charnière puisqu'elle concentre en vue subjective toute la mythologie des supers héros aux supers pouvoirs : plus tout à fait humains, déconnectés du poids des réalités, investis d'une mission sacrée de lutte contre le mal.

Cet attrait pour la naissance du super héros est si prononcé qu'Hollywood s'autorise à les revisiter plusieurs fois pour un même personnage. Qu'après une ou deux dizaines d'années, on tente de dépoussiérer et faire découvrir un personnage en remontant à la source est compréhensible (Superman, Batman). Mais il s'agit désormais de « rebooter » la franchise tous les 5 ans ou moins (Hulk, le Spiderman à venir), quitte à exposer les mêmes enjeux narratifs au même public.

Par ailleurs, le filon des super-héros étant intarissable, les personnages mis en scène sont de moins en moins connus du grand public (du moins européen). Pour ce dernier, l'acte de naissance du super héros est d'autant plus fondateur et central pour attirer les faveurs et la complicité du public.

Captain America, le film, fait ainsi de la révélation du héros son point de mire. Pris seul, le film en souffre. La première partie du film prend son temps pour introduire / exposer son héros pas encore révélé en « super ». Steven Rogers (Captain America avant sa métamorphose) nous est présenté avec détails. La fêlure,poussée à l'extrême, entre son statut d'homme malingre et ses aspirations de soldat sans faille attirent la sympathie et facilitent l'identification du public. Son courage inversement proportionnel à ses capacités physiques laisse transparaître le surhomme qu'il pourrait devenir si on lui offrait ce qui lui manque encore.

Puis vient le fameux climax du film. Son courage finissant par payer, son géniteur l'identifie (« l'élit ») et opère sa transformation. C'est la « tant attendue » naissance du super héros avec tout l'attirail symbolique qu"elle emporte. Le spectateur retient son souffle alors que le nouveau Steve apparait.

Un super-héros définitivement lisse

Malheureusement pour le film, le super héros une fois révélé à nous et à lui même s'avère beaucoup moins intéressant que sous sa forme précédente. En effet, désormais nanti de ce la musculature et de l'invincibilité qui lui manquait, il est lisse de trop de perfection. Pas de démons intérieurs qui font d'habitude tout le sel des supers héros (la vengeance, la brutalité, l'alcoolisme ou l'orgueil). Pas d'identité secrète à préserver (Kent, Wayne). Pas d'entourage à protéger ou presque ; l'ami de toujours apparaît par exemple comme un ressort tardif et vite expédié.

En l'absence de conflit intérieur, on peut cependant trouver des sources externes du déséquilibre nécessaire à la narration. La deuxième partie du film montre avec humour la récupération du super héros en objet de propagande et de merchandising (cela d'ailleurs sans susciter réellement à l'écran une tentative de rébellion de la part du héros définitivement trop lisse). Ce chapitre est une façon de démonter à l'avance les poussées de patriotisme que ne va pas manquer d'incarner un héros affublé d'un nom tel que « Captain America » ! Une façon aussi de brosser un portrait critique d'une Amérique qui veut transformer la guerre en spectacle rentable. Voilà pour les démons de l'Amérique même si bien entendu, à la fin, c'est bien elle et elle seule qui sauvera le monde. Le personnage de Peggy Carter, moins directement lisible, parvient également à se détacher et à incarner une posture plus fouillée, à la fois séduite en surface et déçue en profondeur par le nouveau Superman partisan.

Reste enfin le rôle de super vilain qui peut faire beaucoup pour compléter ou rattraper un héros trop palot. Red Skull n'y parvient pourtant pas ici, trop enfermé dans sa propre soif de domination du monde pour construire un rapport intéressant avec le Captain. Pas de jalousie de l'expérience ratée envers l'apothéose, pas de pitié à contre-sens. L'un et l'autre se réduisant au rôle mutuel d'obstacle physique.

En matière de ressort à captiver, restent les artifices de narration. Mais ici les scènes anticipées ne suffisent pas à créer un suspense supplémentaire suffisant. On pense ici à la scène d'introduction qui commence par affirmer - ô artifice suprême - la mort du héros avant sa naissance à l'écran et l'inexplicable scène de la cueillette aux champignons (d'ailleurs toute tentative d'explications sur les fondement de cette scène est la bienvenue) .

Un univers Marvel en auto-justification

Finalement, si le film, une fois passée la partie d'exposition, permet tout de même de passer un moment plaisant, c'est en partie grâce au décor de ses années 40 peu souvent décrites dans les films de de super héros.

Mais surtout le film tient debout parce qu'il intègre et s'intègre dans l'écriture d'un univers Marvel beaucoup plus vaste. Les indices disséminés ça et là, et sur lequel le film à le mérite de ne jamais appuyer, construisent une réalité parallèle acceptable puisque naturellement amenée. Citons Horward Stark, fondateur de Stark Enterprises et père d'Iron Man, l'Adamantium du bouclier du capitaine, les prémisses du SHIELD (même si Nick Fury / Samuel Lee Jackson, qui a pourtant signé pour 9 films Marvel -!-, n'est pas de celui là), le cube cosmique perdu par Odin. Si ces ingrédients ne sont pas tous destinés à être identifiés par le grand public, ils distillent un univers vaste et cohérent qui doit attendre son point d'orgue avec le mêlé The Avengers (sortie prévue en 2012) qui regroupera entre autres Thor, Iron Man, Hulk et Captain America.

Pour s'en convaincre, il suffit de lire le titre de ce film qui minimise son propre héros « Captain America », pour n'en faire que le premier des membres de la future équipe des Vengeurs, « the first avenger ». Les crossovers et les guests étaient déjà un objet de plaisir et de complicité pour les fans de comics, le voici savamment reconstruit pour une cible plus vaste, au cinéma. Avec le double avantage de pendre le spectateur dans sa toile et d'intégrer tous les films, même les plus faibles, dans une trame plus intéressante à chaque nouvel opus.

Par acariatre - Publié dans : A débattre
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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 21:40

L'avant-première organisée par Allociné à l'occasion de son nouveau film Les petits mouchoirs m'a permis de découvrir Guillaume Canet. Le personnage est attachant : humble (même quand il glisse qu'il prépare un film avec James Gray) et convaincu d'avoir quelque chose à dire au public. Quitte à forcer naïvement son discours et c'est ce qui malheureusement pénalise son film « le plus personnel »

Les petits mouchoirs est un film de potes (ou « film de vacances ») qui tente de devenir grave. Du côté du film estival, le schéma est classique : on retrouve le film choral et ses loosers attachants. Mais les personnages paraissent un peu à l'étroit dans leurs rôles, tous dotés d'un trait de caractère unique et vite forcé. Si Gilles Lelouche ou Marion Cotillard assurent leur part du boulot, François Cluzet et Laurent Lafitte en font encore trop. Mention spéciale tout de même à Pascale Arbillot et aux débuts cinématographiques de Joel Dupuch. Leurs personnages plus fouillés convainquent mieux mais restent malheureusement trop partiellement traités.

L'humour est particulièrement étonnant, très facile et souvent mal écrit. Comme si Guillaume Canet retranscrivait telles quelles ses propres soirées entre amis et leurs jeux de mots foireux. Plus généralement, l'ensemble des scènes de vacances laisse le spectateur à l'écart, cantonné à observer à distance une tribu de parisiens en Gironde. Peut-être est-ce là une volonté du réalisateur pour appuyer cette futilité qu'il entend dénoncer. Mais les deux heures et quelques du films en paraissent bien longues.

Du côté du film dramatique, les ressorts utilisés pour interpeller sont trop appuyés. Histoire de faire réfléchir, Canet culpabilise son spectateur. Le ressort de cette culpabilité, (que le réalisateur demande de garder secret d'ici la sortie du film) a quelque chose de malsain par son évidence. Le tout met mal à l'aise pour de mauvaises raisons.

Reste un réalisateur qui s'engage personnellement (scénariste et réalisateur) autour de choses vécues et qui cherche à faire avancer son spectateur. L'attention est louable et honnêtement revendiquée. Une meilleure écriture et un tri entre le nécessaire et le futile auraient du lui permettre de construire un bien meilleur film. Quelques scènes touchantes et la justesse de ses comédiens fétiches laissent en effet entrevoir tout autre chose.



Par acariatre - Publié dans : A voir ?
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 20:15

John Ford, réalisateur pilier du western, a fait évoluer son propos avec son temps. C'est ce qui rend particulièrement fondatrice son œuvre, démonstration en temps réel de l'évolution du genre. Depuis la fin des années 40 (et notamment depuis Fort Apache déjà chroniqué ici), le mythe s'effondre. Les indiens retrouvent leur honneur bafoué, l'homme blanc est un conquérant parfois sauvage ou malhonnête, l'Ouest est une terre sans foi ni loi.

Le héros jusque là sans faille du western est particulièrement mis à mal dans The Searchers réalisé en 1956. John Wayne y incarne en effet un ancien soldat de la Guerre de Sécession dont les dernières activités semblent troubles. Désespérément seul, vieillissant, vouant une haine viscérale aux indiens, il doit se lancer à la poursuite de sa nièce enlevée par une tribu Comanche. Son neveu adoptif l'accompagne et joue ici de contre-figure extrême par sa candeur et son humanité. Leur course durera de nombreuses années avant qu'ils ne parviennent à revoir celle qu'ils recherchent mais qui a donc, depuis, vécu longuement parmi les indiens.

La peinture du personnage principal frappe. Cet homme, aux motivations suspectes, extrêmement dur avec les autres ne trouve sa place que dans les grands espaces poussiéreux. La chasse brutale des indiens semble sa seule raison de vivre. Le cow-boy est d'autant plus doué en la matière qu'il s'est éloigné définitivement des hommes et de leur innocence. Un héros cassé, incarné à plein par un John Wayne lui même en décrépitude constante. Cette noirceur du personnage principal, cette cohabitation tendue entre les deux poursuivants et la durée de leur quête rendent le film très sombre. Bien loin des conquêtes héroïques.

Pourquoi ce western ? The Searchers est un sommet de réalisation du prolifique John Ford, ponctué de plusieurs scènes (d'ouverture et de clôture notamment) magnifiques. La noirceur profonde du anti-héros joué par John Wayne apporte au film une vision très juste du passage de relais entre les héros solitaires de la conquête et les communautés familiales de la colonisation de l'Ouest.



Par acariatre - Publié dans : Western
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 09:39

Alexandre Aja place assez « finement » (dernière fois que j'utilise cet adverbe ici) son film de monstres aquatiques au cœur du « Spring Break ». Cette débauche organisée des étudiants américains, autorisés l'espace de quelques jours à vivre sans limite avant « d'y repenser toute leur vie avec une nostalgie extrême alors qu’ils seront enfermés dans leurs petites existences bien rangées » comme l'explique le réalisateur lui-même.

Piranha 3D obéit au même mode d'emploi. Partage entre une esthétique de clip MTV et un hommage aux films de monstres pop-corn du cercle dernier. La team Spielberg en tête (Joe Dante et Robert Zemeckis notamment). Pour pondre son film, Alexandre Aja va en effet davantage chercher du côté du film familial que du film d'horreur.

Mais le jeune spectateur des années 80 à vieilli, est devenu cynique et veut du sauvage. Donnons lui quelques bimbos poursuivies par une meute de poissons carnassiers remontés des profondeurs. Laissons parler l'hémoglobine.

Côté acteurs, Alexandre Aja opte ainsi pour du people de seconde catégorie. Il appelle à la rescousse le second rôle pilier de fond des comédies familiales déjà citées. Si certains semblent ici en roue libre, on ne sait plus distinguer l'intention potache du ratage ! La réalisation n'ébouriffe pas vraiment et se concentre sur l'action. Seuls les plans subaquatiques se détachent du lot et trouve un écho singulier dans une 3D monochrome et silencieuse (tendance Jack Arnold ?).

Que reprocher au film ? Sûrement pas de s'en tenir à son principe d'hommage charcuté. Mais de parfois perdre sa lisibilité en cours de route en tentant deux intrigues en parallèle, le bain de sang de la foule et la résistance des héros. Pas aidé non plus par l'aspect multiple du monstre Piranha dont, très vite, on ne saisit plus les mouvements et les réactions.

Heureusement que le film sait quand lâcher du lest, transformant le dégoût en grand éclat de rire !

A voir absolument si
- Vous ne nagez plus en eaux troubles depuis Les Dents de la mer ;
- Vous regrettez le doux temps des fêtes estudiantines de bon goût ;

A éviter sans doute si
- Vous n'aimez le poisson que pané ;
- Vous êtes allergique au silicone ;



Par acariatre - Publié dans : A voir ?
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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 11:27

Chronique adolescente, de l'âge où l'on se brûle les ailes. Belle Epine est un film grave. La réalisatrice joue avec simplicité et tendresse des souvenirs communs de l'âge adolescents. De ces actes de désobéissance juvéniles qui font vivre. Innocence et pulsions.

Les années 80 sont distillées par simples touches à coup de blouson noirs, de radios libres, de mobylettes et de synthés. L'ombre du rock, destructeur et tapageur, plane. Filons à Rungis, ses ballets à 2 roues et ses lumières dans la nuit.

On se prend vite d'une sympathie protectrice pour la charmante Lea Seydoux prénommée ici Prudence. Fraîche, innocente mais pressée d'exister. Elle cherche son camp, ses compagnons d'existences. Bourgeois, modestes, sages ou voyous, tous finement interprétés. Le drame de l'intrigue, tardif, est moins convaincant et plombe légèrement l'ensemble. Laissons le de côté.

Belle épine d'une rose rouge dans la nuit bleue. Beau portrait de ce moment fragile et brutal, la plongée en monde adulte. A voir, et en musique s'il-vous-plait !

Sortie prévue sur les écrans le 10 novembre 2010.

A noter une rentrée chargée pour l'actrice Léa Seydoux avec 4 films d'ici la fin de l'année dont un qui s'intitule Roses à Crédit (d'Amos Gitaï) à croire que le thème de la fleur à épines la caractérise !

A voir absolument si
- Vous regrettez le doux temps de l'âge rebelle ;
- Vous croyez que seuls les bouchers et les fleuristes fréquent Rungis ;

A éviter sans doute si
- Vous détestez les mobylettes ;
- Vous êtes né au XXIe siècle ;



Par acariatre - Publié dans : A voir ?
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